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Aimé Lefèvre, le Calaisien "pendu de Tulle"

Nord Littoral du 11 juin 2017

 

Aimé Lefèvre, le Calaisien "pendu de Tulle"

 

Le 9 juin 1944, 99 otages ont été pendus par les Allemands. Parmi eux, le Calaisien Aimé Lefèvre. René Ruet et Wendy Wasielewski enquêtent sur cette figure de martyr.

 

Un martyr calaisien oublié à Calais

Outre le fait que la plaque nominative qui figurait jadis sur un mur de l’école Franklin ait été démantelée, aucune dénomination de rue ou de structure municipale ne rappelle à Calais le souvenir d’Aimé Lefebvre. Une figure qui mériterait pourtant de ne pas être totalement effacée de la mémoire collective calaisienne.

 

 

René et Wendy ont retrouvé la plaque sur laquelle figure le nom d'Aimé Lefèvre

 

 

S’ils s’intéressent à l’histoire calaisienne en   général, la Seconde Guerre mondiale apparaît comme une période de prédilection de l’association Calais Photos Nostalgie, toujours en quête de nouvelles informations permettant de faire ressurgir le passé, au plus près du vécu des gens ordinaires. L’exposition qu’elle a consacré aux victimes civiles calaisiennes de la guerre 39/45 avait, début 2015, ému de nombreux Calaisiens.

Cette fois, René Ruet et Wendy Wasielewski sont sur la trace d’Aimé Lefèvre, un des martyrs de Tulle (voir encadré). Tout part d’un paragraphe d’un des fameux livres que Robert Chaussois a publiés sur la Seconde Guerre mondiale à Calais : intitulé « Un Calaisien pendu à Tulle », il mentionne une plaque commémorative où le nom d’Aimé figure parmi une vingtaine d’autres désignant des Calaisiens morts pour la France pendant la période 40/45 et qui ont tous fréquenté l’école Franklin.

 

A la recherche d’une plaque

 

René et Wendy se rendent donc dans l’établissement de la rue Van Grutten où on les mène très aimablement vers une plaque commémorative non nominative, visiblement assez récente. On leur explique que la plaque originelle, dégradée par le temps et devenue dangeureuse pour les enfants, a été démontée il y a plusieurs années, mais qu’elle doit être conservée dans les réserves de la municipalité, rue de Toul.

Après quelques tractations, René et Wendy retrouvent la plaque un peu abîmée et constatent que le patronyme du résistant calaisien Félix Cadras (dont une école primaire porte le nom) y est aussi inscrit. « Aimé Lefèvre est né le 24 novembre 1918 rue du Texas au Pont du Leu, donc dans la même rue où habitait Félix Cadras. Gamins, ils ont sans doute joués ensemble. Dans cette même rue a vécu aussi le résistant Paul Caron : se sont-ils connus ? » s’interroge René Ruet.

Sur cette même plaque, le nom d’un autre résistant calaisien fusillé en 1943, Alphonse Huyghes. C’est avec émotion que René et Wendy découvrent également le nom de Serge Levray : « nous avions mis au jour l’histoire de ce garçon de 9 ans, tué lors du bombardement du 27 février 1945 ; la bombe s’était abattue sur l’entrepôt du magasin de M. Pidou, qui mourra quelques heures plus tard. Son collaborateur, Monsieur Roussel, fut tué sur le coup, tandis que la sœur de Serge, Clotilde, décèdera de ses blessures deux mois plus tard, à l'hôpital de St-Omer, ignorant jusqu'au bout la mort de son frère» expliquent les deux passionnés.

Même si cet acte est justifiable d’un point de vue pratique, remplacer une plaque commémorative nominative par une plaque ne mentionnant aucun nom représente indéniablement une perte sur le plan de la mémoire collective : « qui se souviendra du sort du jeune Serge Levray, petite victime innocente d’un bombardement… fait par erreur ? Et qui, aujourd’hui, se rappelle que le Calaisien Aimé Lefèvre a tragiquement fini ses jours au bout d’une corde à Tulle ? ».

 

Aimé Lefèvre, jeune soldat pendant la guerre

 

Le corp d'Aimé Lefèvre a été enterré dans une fosse commune avant de bénéficier

d'une sépulture individuelle

 

Glaner des informations à Limoges et à Tulle

 

Nos deux enquêteurs n’ont pas l’intention d’en rester là. « A l’occasion de notre exposition sur les victimes civiles qui a eu lieu dans le grand salon de l’hôtel de ville, nous avons été en contact avec Madame Debaudaud qui étaient venue de Limoges avec son mari car ses deux oncles avaient été tués au 148 rue des Quatre Coins, le 26 septembre 1940.

Etant resté en relation avec eux, je les ai sollicités pour effectuer des recherches sur Aimé Lefèvre » explique René Ruet.

En effet, pendant la guerre, après s’être engagé en 1938 au 18° régiment de dragons, Aimé Lefèvre participa en 1940 à la bataille de Dunkerque, d’où il parvient à s’embarquer. Son corps de troupe est transféré au Havre, avec mission de barrer la route aux Allemands… trop tard ! Aimé se retrouve côté « France libre », et souhaite continuer le combat. Echouant à rallier l’Afrique du Nord, il s’installe à Limoges.

René et Wendy disposent donc d’une personne relais à Limoges, où Aimé s’est marié en 1943. Ils savent qu’il s’est ensuite fixé à Tulle provisoirement chez le cousin de sa femme, Armand Marcilloux car il avait trouvé un travail en tant qu’employé à la Banque nationale pour le commerce et l’industrie. Puis il fut requis à la Manufacture Nationale d’armes. C’est dans cette ville, que sa vie s’est dramatiquement terminée, après qu’il ait été raflé, boulevard Joffre, comme otage par les Allemands en ce terrible jour du 9 juin 1944.

Des traces de l’existence d’Aimé subsistent donc forcément aussi à Tulle. Par l’intermédiaire des responsables de l’état-civil de la préfecture de Corrèze, René et Wendy se mettent également en contact avec l’association « Peuple et Culture Corrèze » et son président, Dominique Albaret. La piste les mène vers la veuve de Jean-Pierre Lefèvre, l’enfant posthume d’Aimé, né le 15 juillet 1944 à Tulle, et mort en 2009.

 

Un fils posthume aujourd’hui décédé

 

Jean-Pierre Lefèvre aura dédié une partie de son existence à honorer la mémoire d’un père qu’il n’a pas connu, et dont l’engagement dans la résistance, même s’il n’est pas forcément à l’origine de son exécution, semble réel. La mère de Jean-Pierre, Marie-Louise Auger, épouse d’Aimé, est elle-même décédée en 1996, sans avoir jamais véritablement parlé des souffrances qu’elle a ressenties en 1944.

En effet, lorsque, jeune femme enceinte de huit mois, elle a appris que son mari de vingt-cinq ans venait d’être pendu haut et court par les Allemands, son désarroi fut évidemment sans fond. Le corps de son conjoint, d’abord enfoui dans une fosse commune, bénéficia au moment de la Libération d’une digne sépulture à Tulle dans un cimetière provisoire. Entretemps, l’exhumation constitua une nouvelle étape douloureuse pour la jeune mère qui devait seule affronter la vie.

René Ruet et Wendy se donnent pour mission de se rendre bientôt à Limoges et à Tulle pour recueillir les documents que Jean-Pierre Lefèvre avait rassemblés et qui ont sans doute été conservés. D’autres informations pourront sans doute être glanées auprès d’éventuels témoins. La belle énergie que déploient ces deux membres de l’association Calais Photos Nostalgie au service de la mémoire des Calaisiens victimes de la Seconde Guerre mondiale contribue de manière non négligeable à la connaissance de l’histoire de la cité des Six Bourgeois. Affaire à suivre.

 

Magali Domain



 

Le 9 juin 1944, un jour de grand deuil à Tulle

 

Enclavée dans une cuvette au coeur du Massif Central, Tulle revêt, à l’heure du débarquement allié, une importance stratégique car située à proximité de deux voies majeures de communication majeures (Lyon-Bordeaux et Toulouse-Paris). Les FTP (Francs-Tireurs-Partisans) de la zone décident, de leur propre chef, de s'emparer de la préfecture de Corrèze. L’attaque se déroule les 7 et 8 juin 1944, les résistants progressent bien sur le terrain. Mais le 9 juin au matin, la ville est investie par les Allemands, en l’occurrence la division SS Das Reich qui avait pris en charge la lutte contre les maquis corréziens. Les Allemands découvrent les corps de 40 des leurs qui auraient, selon eux, été délibérément suppliciés par les maquisards ; ils décident d’exécuter en représailles 123 otages raflés à Tulle. Après un tri effectué parmi un groupe d’hommes âgés de 16 à 60 ans, des nœuds coulants sont disposés aux réverbères et aux balcons de la ville ; puis les pendaisons se déroulent sous les yeux des autres prisonniers, mais aussi devant des habitants dont des femmes, des enfants. Pour une raison inexpliquée, les Allemands arrêtent leur macabre opération au 99ème pendu. D’autres otages sont transférés vers Limoges d'où 149 sont déportés à Dachau. 101 n'en reviendront pas. La division SS Das Reich a rempli son objectif : semer la terreur parmi la population. Le lendemain, un détachement de cette division pénétrera à Ouradour-sur-Glane.

 


 

  Un champion de basket-ball 

 

 

  Alors qu’il s’est installé à Limoges, Aimé Lefebvre intègre le Red Star pour y jouer dans une équipe de basket, discipline qu’il pratiquait déjà au sein de l’amicale Franklin, tout comme il aimait s’adonner au football dans le cadre du Racing-Club de Calais. Entre 1941 et 1943, il est souvent sélectionné par le district de la Haute-Vienne, preuve de ses excellentes aptitudes pour ce sport. Ses camarades du Red Star ne manqueront pas de lui rendre hommage le samedi 11 novembre 1944, en déposant une couronne sur sa tombe fraîchement aménagée.

 

 

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