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27 février, Calais marqué dans sa chair

 

27 février, Calais marqué dans sa chair.

 

L'association Calais Photos Nostalgie appronfondit l'histoire et n'a de cesse de trouver des témoignages, comme sur le bombardement du 27 février qui a fait 97 victimes

 

René Ruet (assis à gauche) a provoqué la rencontre d'Emile Vanhée et d'Annette Pecqueux (à ses côtés).

Des membres des deux familles ont assisté à ce moment émouvant.

 

Inlassablement, l’association Calais Photos Nostalgie approfondit ses recherches concernant le passé récent de Calais, en mettant un point d’honneur à rapprocher ceux qui ont été impliqués dans les moments particulièrement douloureux de l’histoire de la cité ou leurs descendants. Un an après la grande exposition sur les victimes civiles de la guerre 39/45,  la quête se poursuit sur ce thème.

 

Une date continue de retenir particulièrement l’attention de René Ruet, président de l’association : celle du 27 février 1945, emblématique par bien des aspects du martyre qu’a subi Calais pendant la Seconde Guerre mondiale. Rappelons rapidement les faits : alors que la ville a été libérée depuis plusieurs mois, l’aviation britannique bombarde le quartier de la place Crèvecoeur, causant la mort de 97 civils.

 

 Un bombardement fortuit ?

 

La thèse officielle a toujours été celle d’une erreur de la part des pilotes : pensant à tort survoler Dunkerque, alors encore aux mains des Allemands, ils larguent leurs explosifs sur une cité déjà défigurée par les bombardements qu’elle a subis depuis mai 1940. Certains se sont aventurés à remettre en cause cette explication, sans jamais apporter autre chose que des hypothèses.

 

Féru de clichés aériens, René Ruet a scrupuleusement observé une photo datant de 1921 montrant dans son intégrité le quartier bombardé le 27 février 1945 : fort justement, il remarque la présence de cuves à gaz non loin de la rue Thiers, qui auraient très bien pu être prises par les pilotes pour des cuves contenant du carburant. Piste pour expliquer le lieu du largage de leurs bombes ?

 

En effet, pourquoi avoir ciblé le quartier Saint-Pierre dépourvu d’intérêt stratégique, qui plus est à l’heure où les enfants sortent des écoles, vers 17h30 ? Le mystère demeure encore, sauf à rester dans l’idée que ce largage fut de bout en bout fortuit. Reste que son issue fut tragique. Avec l’aide de Wendy Wasielewski, René Ruet s’attache à contacter ceux qui ont vécu ces moments dramatiques ou qui y ont été impliqués par l’intermédiaire de leurs proches.

 

Une rencontre a permis à Annette Pecqueux, habitant actuellement non loin de Nice, d’en savoir plus sur le sort de deux membres de sa famille, qui vivaient au 76 rue des Fleurs. Son grand-père, Léon Toulon (49 ans), et sa fille aînée, Christiane (29 ans), ont en effet péri le 27 février 1945 dans le fracas des bombes, alors que le père d’Annette était demeuré ce jour-là dans la commune de Coulogne, où il avait élu domicile.

 

 Le Calaisien Emile Vanhée, aujourd’hui âgé de 92 ans et résidant à Hardinghen, lui a raconté comment il avait tiré des décombres Christiane. Alors qu’il avait une vingtaine d’années pendant la guerre, Emile était entré dans l’entreprise de plomberie de Léon Toulon grâce aux recommandations de son cousin germain, Paul Tillier, lui-même plombier.

 

Emile Vanhée en première ligne

 

Il travaillait sur les chantiers de façon régulière avec Raymond, le père d’Annette, revenu courant 1944 de la région de Strasbourg, où il avait été réquisitionné au titre du STO (Service du Travail Obligatoire). Le 27 février, alors qu’ils terminaient leur labeur du côté du Pont à Deux Trous, ils décidèrent de ne pas ramener leurs outils à l’atelier de la rue des Fleurs, mais de regagner leur habitation respective, à Coulogne.

 

Cette décision anodine leur a sans doute sauvé la vie. Emile raconte qu’il a vu de loin les fumées causées par le bombardement. Inquiet pour Jacqueline, sa fiancée qui deviendra plus tard sa femme, il se précipite vers le quartier Saint-Pierre. Il rencontre Jacqueline du côté de la Nation, et lui conseille de vite se diriger, seule, vers son logis, situé au Pont du Leu. Pour sa part, il veut aller voir ce qui s’est passé rue des Fleurs.

 

C’est un véritable chaos qui l’attend. Des soldats britanniques et des policiers français sont déjà sur place, et de nombreux hommes s’activent à dégager les corps des décombres. Face au 76 de la rue des Fleurs, dont il ne reste plus rien, le lourd grillage en fer du magasin qui s’y trouvait s’est effondré sur Christiane Toulon, qu’Emile reconnait alors qu’on la tire inerte de cet étau.

 

Il comprend bien vite que Léon Toulon est enfoui sous les gravats, de même que son cousin, Paul Tillier (47 ans), qui se trouvait dans l’atelier jouxtant le 76 rue des Fleurs, en compagnie de Georges, son fils, tout juste âgé de 18 ans. C’est un terrible choc pour Emile qui décide, en plus, d’aller lui-même prévenir une famille de sa connaissance, habitant rue Bobino, qu’il ne faut plus rien espérer pour leur enfant, recueilli sans vie dans la zone.

 

En plus d’avoir participé au déblaiement, Emile va reconnaître, quelques jours plus tard, les dépouilles de son cousin et du fils de ce dernier, ainsi que celles de Christiane et de Léon, à la morgue de l’hôpital Saint-Pierre. Il entr’aperçoit des débris de corps humains qui ont été entassés pêle-mêle sous un drap. Une femme secoue follement le cadavre de sa fille comme pour le ressusciter. Des visions d’horreur qui ont marqué Emile à jamais.

 

La mort dramatique de René Devin

 

René Devin (ici avec son épouse et ses deux enfants) a été victime d'une bombe allemande en mai 1940

 

Grâce à son témoignage de première main, Annette Pecqueux, qui a vécu entre 1949 et 1972 au 76 rue des Fleurs, se représente mieux un événement qui a entraîné deux inconsolables deuils au sein de la branche paternelle de sa famille. Du côté maternel, son autre grand-père, René Devin, était, lui, décédé dans des conditions également dramatiques, le 16 septembre 1940.

 

Employé des chemins de fer, René Devin, 48 ans, est présent lors d’un bombardement ennemi qui s’abat sur une ligne à la Gare Centrale. Alors qu’il accompagne un camarade cheminot blessé transporté en urgence dans un véhicule allemand vers l’hôpital situé Quai du Commerce, une nouvelle bombe fait exploser la cour du bâtiment où il est temporairement stationné.

 

Sa fiche de décès fait laconiquement mention de son « corps déchiqueté par éclats de bombe aérienne, arrachement des jambes/bras/thorax/abdomen ». Difficile ensuite pour les familles touchées de continuer à vivre, difficile surtout pour les plus jeunes d’avoir confiance dans un monde dont ils ont pu ressentir toute la violence. Renouer pas à pas les fils d’histoires déchirantes par le biais des contacts humains : objectif réussi encore une fois pour Calais Photos Nostalgie.

 

Magali Domain

 


L'association propose une exposition photos "Calais vu du ciel de 1921 à nos jours"

du 12 au 20 mars salle du Minck de 14h00 à 18h00. Entrée gratuite

 

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