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La patrimoine calaisien est passé entre leurs mains

article du 12 janvier 2014 Nord Littoral

 

René Ruet rend hommage aux anciens des Beaux-Arts

 

Le patrimoine calaisien est passé entre leurs mains

 

René Ruet est un passionné d'histoire locale. C'est aussi un amoureux des photographies du Calais d'antan, où l'on retrouve avec autant de plaisir les monuments d'époque que les personnalités qui ont rythmé la vie de la cité. Il a trouvé le moyen de lier ses deux passions en proposant régulièrement des expositions photos, retraçant la vie de personnalités telles que le commandant Mengin, libérateur de Calais pendant le deuxième conflit mondial, Jean-Jacques Barthe, maire de Calais pendant 29 ans, ou encore Gaston Berthe un autre maire calaisien.

 

Ses dernières recherches l'ont mené sur une autre piste, celle d'un personnage qui n'a peut-être pas été sous les projecteurs de l'actualité, mais qui a d'une certaine manière, marqué son époque.

 

                                                                   

       

René Ruet, passionné d'histoire

 

La piste commence rue Descartes

 

En réalisant l'exposition sur notre ancien maire Gaston Berthe, en 2010, j'ai pour ainsi dire vécu avec cette famille, de part les écrits de Robert Chaussois, les articles de journaux, les lettres, les photos de famille et les anecdotes racontées par mon ami Jean-Marc Berthe, décédé il y a tout juste un an, qui lui même les savait de son père et de sa tante Denise. Je me suis régulièrement rendu dans le quartier de la rue Descartes pour voir ce qui tombait autour du 135, la maison des grands-parents de Jean-Marc. Bien sûr il y a eu les établissements Thélu que j'ai photographié sous tous les angles, mais derrière il y avait le CET, avenue Louis-Blériot, qui a cessé presque toute activité lors de l'ouverture de Normandie-Niemen »

Cela permettait à René Ruet de passer à une autre page de notre histoire locale, « mais comment obtenir des renseignements? »

 

Elle le mène chez « un grand Monsieur »...

 

« Il y avait bien M. Vincent, ancien professeur qui demeurait rue Deneuville, mais ce brave monsieur est décédé! » René Ruet se tourne alors vers son frère Michel, qui a obtenu un CAP en menuiserie dans ce lycée et « m'oriente vers un certain monsieur Jean Muse, un de ses anciens professeurs, qui habiterait rue Chateaubriand »

Le Calaisien réussit à rencontrer ce fameux professeur. Ce moment a été marquant pour lui. « au premier abord, un grand monsieur fort et droit comme un chêne, des vieilles chaussures sans lacets, une blouse bleue que l'on croise devant soi, sans doute encore celle qu'il portait lorsqu'il était enseignant. Etant moi-même assez bricoleur, le courant passe très facilement ».

Les rencontres s'enchaînent, au grand bonheur de René Ruet, qui récolte de précieux renseignements. « il m'a fait un plan très détaillé de tout le lycée! Ce personnage a une mémoire infaillible, au fur et à mesure de nos rencontres et de nos discutions, je me suis rendu compte que je n'ai pas en face de moi un bricoleur mais un « artiste » 

 

 

L'hommage à un homme modeste

 

« Je sais que ce terme: « artiste » ne va pas lui plaire mais j'espère qu'il ne m'en tiendra pas grief » sourit René Ruet, qui ne peut résister à la tentation de partager tout ce savoir avec d'autres. Il propose alors au professeur la possibilité de le mettre en lumière. « Là, j'ai essuyé un refus catégorique ! Il me rétorque qu'il n'a été qu'un simple élève des Beau-Arts, qu'il y a eu des gens beaucoup plus impliqués que lui dont on ne parle jamais! Et là, il me cite des noms tels que René Coucy, Albert Cannelle, Jacques Louis...

 

Mais René Ruet n'est pas homme à abandonner facilement. « Je comprends que si je veux obtenir l'autorisation de parler de lui, il me faut entamer des investigations sur toutes les personnes qu'il a citées ! ».

Et ça ne le décourage pas, au contraire. Il se plonge assidûment dans les archives de la médiathèque, s'oriente vers M. Gavinet des archives à la mairie, rencontre Jacques Declercq, ancien professeur de l'école d'art, Christian Wiart, « car Jean Muse avait essentiellement travaillé avec l'architecte Georges Wiart, son père » au fil de ces rencontres, il a fait « des découvertes extraordinaires !

 

 

                                                                                                        

 

René Coucy et le bronze de Jacquard

 

Parmi les noms cités par le professeur, « j'ai commencé par René Coucy (père); ce nom me disait quelque chose. Jean-Jacques Barthe m'avait confié une photo de ce monsieur avec des élèves, que j'ai exploitée lors d'une précédente exposition sur l'ancien élu. En fait c'est à René Coucy que nous devons la réouverture de l'École des Arts Appliqués en 1945, il en sera le directeur jusqu'en 1975 lors de son départ en retraite. C'est aussi à ce dernier , en compagnie de Jacques Louis, que nous devons la réalisation du moule qui servira à couler le bronze de Jacquard déboulonné par les allemands pour être fondu. C'est sur ce même monument, qu'un brave homme M. Canler, toujours à vélo et toujours en toile bleue, va sculpter, dans du marbre blanc, le buste d'une des deux dames au pied de Jacquard ; il avait été quasiment détruit par un éclat d'obus.

 

Concernant Jacques Louis, René Ruet découvre qu' il y a dans une salle de réunion à l'office de tourisme, un magnifique cuivre martelé, de deux mètres sur un environ, représentant notre belle cité, dans ses remparts ; il est signé de sa main ».

 

 

                                        Cuivre martelé de Jacques Louis à l'Office du Tourisme

 

Il s'intéresse ensuite à Albert Canelle, et glane quelques informations intéressantes. « Il était autodidacte, né le 17 août 1911. lui-même élève de M. Deler, il deviendra professeur en 1946 sur la demande de M. Coucy. C'est à ce maître sculpteur qu'a été confiée la tâche de refaire à l'identique certains marmousets qui ont été détruits, ainsi que bien d'autres ornements, lors de bombardements devant l'hôtel de ville ».

Il découvre encore « avenue Wilson, une maison dont la façade ainsi que la cheminée intérieure sont également l'œuvre d'Albert Canelle. Cette demeure qui avait été rasée pendant la guerre a abrité le célèbre Debrouwer, qui a été l'architecte de cette propriété à sa reconstruction et de notre bel hôtel de ville.

 

 

Le Calaisien a découvert nombre de petits détails, semés comme des indices. « j'ai eu l'occasion d'admirer une autre cheminée qui se trouve dans la grande salle en entrant à droite de l'hôtel Meurice, elle est signée Canelle ! Dans la partie supérieure de cette œuvre d'art se trouve une peinture signée Simone Petters. C'est ce professeur en sculpture qui va refaire en 1949, le moule du buste de l'abbé Lemire ». M. Canelle décèdera le samedi 24 juillet 1965 dans sa 54e année chez lui, au 34 rue Auber.

 

                                                                          Cheminée de l'hôtel Meurice

 

Bien d'autres personnes sont mises a l'honneur par Jean Muse, telles que le Sangattois Jacques Declercq, son ami, dont la réputation n'est plus à faire, ainsi que Jacques Thorel, excellent professeur en architecture, André Culié, Gaston Meurin et Jacques Perrot deux spécialiste du staf (plâtre) et enfin Charles Galler « mon premier patron quand j'ai commencé à travailler, après mon CEP... » se souvient René Ruet. Il avait 14 ans et, gravé dans sa mémoire, reste cette rose, dessinée par M. Galler sur son avant bras en quelques coups de stylo ! « c'était un esquisseur de talent ! »

Ces recherches ont comblé la curiosité de René Ruet. Et le passionné d'histoire a ainsi rempli le contrat moral qu'il s'était lui-même imposé : parler des autres, avant de s'intéresser à Jean Muse. « Je peux maintenant parler de lui... »

 

 

 

Il a été enseignant au CET Louis Blériot pendant 28 ans.

                                    Jean Muse, un certain talent pour la simplicité.     

                                                                                           

 

René Ruet, après avoir cherché à en savoir plus sur les anciens de l'école d'art cités par Jean Muse, s'est donné toute latitude pour se consacrer à ce dernier.

 

« Jean Muse est né le 14 juillet 1934, il est marié, père de trois enfants. Il a été de 1958 à 1966 artisan sculpteur graveur et décorateur. Il demeurait rue des 4 coins et son atelier se situait au 77 de la rue de Vic. Celui-ci a été démoli en 1982, lors de la construction de l'îlot Charost » détaille tout d'abord l'historien.

 

Durant ces 8 années, nous lui devons les gravures du Dover Patrol. Fait marquant, pour René Ruet, « c'est à vélo et avec une petite échelle sur le dos qu'il se rendait au monument ». Pendant l'hiver 60/61, particulièrement rude et pluvieux, sous la directive de M. Wiart, il va refaire les sculptures sur la façade du Crédit Lyonnais. Celles de la partie supérieure seront enlevées et la mouluration sera profilée. Pour le bas, là ou est gravé « Fondé en 1863 » la totalité est démonté sur environ 70 cm de profondeur, les blocs de pierres meulière (dite de Paris) seront remplacés et sculptés à l'identique sur place ! « quand vous passerez devant, s'il vous plaît levez la tête et admirez ! Invite René Ruet.

 

Le glaive et les clefs de Saint-Pierre Saint Paul.

 

A cette époque, Jean Muse n'avait pas encore 27 ans. En 1962, Georges Wiart, à qui l'on a confié la construction de l'église Saint Pierre Saint Paul, présente à M. Muse, un plan de ce qu'il souhaiterait voir en façade : la glaive et les clefs. Le sculpteur lui présente une maquette qu'il a réalisée au 1/10 de ce que l'architecte désire, le travail lui sera confié, ainsi que la réalisation de l'autel qui se trouve actuellement dans cet édifice.

Au fil de ses recherches et des confidences de Jean Muse, l'admiration et le respect de René Ruet, ne font que grandir. « Pendant l'hiver 55/56, le gel à raison d'une partie de la niche qui se trouve au dessus de la muse de la dentelle, à droite du balcon de l'hôtel de ville : elle tombe sur la statue en emportant la tête et une partie du bras de celle-ci ». a cette époque la restauration de cette sculpture n'est pas une priorité.  « C'est en 1962 que le conseil municipal va voter un budget afin de la remettre en état. Ce sera M. Debrouwer qui demandera à M. Canelle de trouver un sculpteur capable de réaliser ce travail! Et Jean Muse est choisi. Son devis est jugé raisonnable et cette tâche sera réalisée en 1963. L'artiste n'a pas les moyens d'acheter un véhicule automobile et ce sera encore une fois avec son vélo et une remorque que la tête, qui pèse presque 80 kg, va arriver à destination ! »

                                                                    

 

Un buste pour Deladrière

 

Autre anecdote qui a marqué l'historien calaisien, « le 1er juin 62, un éminent chirurgien décède à Calais...il s'agit de M. Célestin Deladrière, un homme qui a voué sa vie à faire le bien. Aussitôt, maître Mussen, avocat au barreau, madame Baratte, de Nord Littoral et George Andrique décident de lancer une souscription publique pour la réalisation d'une stèle à la mémoire de M.Deladrière. Il va falloir 4 ans et demi pour que ce projet se réalise. M. Wiart va confier ce travail à Jean Muse. Il va sculpter un monument assez simple, comme a été la vie de Célestin Deladrière. « C'est le dimanche 27 novembre 1966, sur la place de Lorraine, que la stèle a été érigée ; une émouvante inauguration a eu lieu en présence d'un grand nombre de personnes qui ont connu et estimé ce praticien. Mais il manquait les trois protagonistes de ce projet : M Mussen, Mme Baratte et M. Andrique, tous les trois décédés. Ce sera le docteur Delvallet qui fera une allocution, suivi de Jacques Vendroux qui commença son discours par « L'hommage de Calais à l'un de ses plus nobles enfants ».

C'est dans cette même année que Jean Muse va passer le concours pour être enseignant au CET avenue Louis Blériot. Il va réussir et sera professeur en menuiserie pendant 28 ans. « Aujourd'hui, il est toujours aussi actif et aussi simple... »

 

 

 

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