Il y a 70 ans, une messe historique dans les décombres de Notre-Dame

Photos Léon Walle

Article Magali Domain

 

30 septembre 1945 :

La messe solennelle de Mgr Evrard dans les décombres de Notre-Dame


 

« C’était un spectacle peu ordinaire que celui de cette messe célébrée dans les ruines sous un clair soleil automnal » : ainsi débute l’article du Nord Littoral racontant ce moment unique de recueillement religieux mêlé de tristesse et d’espoir qui a eu pour théâtre, le 30 septembre 1945, le lieu devenu symbole de Calais ville martyre de la Seconde Guerre mondiale. Ce lieu, c’est l’église Notre-Dame, ou tout au moins ce qu’il en reste alors.

Ce jour-là, cela fait déjà un an que Calais a été libérée dans des conditions à la fois dramatiques et héroïques par des troupes franco-canadiennes menées par le commandant Mengin. On le sait, ce courageux commandant FFL qui parvint à faire évacuer quelques 20 000 civils demeurant encore à Calais pour les mettre à l’abri des combats succomba lui-même à un tir d’obus sur la route de Saint-Omer, dans la journée du 30 septembre 1944. Avec émotion, les habitants de la cité des Six Bourgeois célèbrent pour la première fois leur libérateur.

 

Les décombres de la guerre

Mais c’est un hommage rendu dans un champ de ruines. En raison de l’étendue des dévastations infligées lors des bombardements de mai 1940 puis ceux de 1944, Calais-Nord est devenu un véritable no man’s land. Les maisons d’habitations et les commerces qui animaient cette partie historique de la ville ont été pulvérisés. La tour du Guet est le seul monument subsistant place d’Armes, laquelle est dorénavant privée de son beffroi. Un peu plus loin, le Phare est également resté debout, il surplombe un désert de pierres qui portait avant-guerre le nom de Courgain maritime.

De la vénérable église Notre-Dame qui était l’épicentre religieux du quartier, il ne reste presque plus rien : le majestueux édifice datant du XIIIème siècle a perdu son clocher et semble menacer de s’écrouler de part et d’autre, tant ses parois ont été saccagées par les bombes. Le transept nord, la chapelle de l’Ascension et la première travée du chœur ont volé en éclats. Plus de charpente et plus de mobilier intérieur, mis à l’abri ou pillé après les premiers bombardements. Le magnifique retable de Lottman est quant à lui en piteux état : mutilé, il doit être retenu par de solides étais pour ne pas s’effondrer.

La foule des Calaisiens - dont certains remettent pour la première fois le pied à Calais-Nord depuis 1940 – agglutinés dans les décombres autour de Mgr Evrard pour une messe donnée en plein air en l’honneur du commandant Mengin : ces différents éléments composent une scène inoubliable pour tous ceux qui l’ont vécue. Grâce à deux photographies inédites recueillies par l’association Calais Photo Nostalgie mais aussi par l’intermédiaire de la narration du journaliste de Nord Littoral présent lors de cet événement, il nous est possible de revivre en partie ce dernier.

« De toutes parts, des pans de murs écroulés que recouvre une épaisse végétation. Autour des ruines de l’église, des grappes humaines sont accrochées çà et là, une foule nombreuse stationne dans ce qui fut la rue de Louvain. Autour de l’autel, les drapeaux des Sociétés catholiques et des scouts. C’est M. l’Archiprêtre Beun, ancien déporté, qui officie pendant que les échos des vieilles pierres résonnent au son de l’orchestre » lit-on dans le quotidien.

Le sermon prononcé par Mgr Evrard impressionne l’assistance silencieuse et concentrée. La personnalité charismatique de l’ecclésiastique, qui a été nommé évêque de Meaux en 1937 après avoir rempli pendant de longues années les charges de curé-doyen de Notre-Dame et d’archiprêtre de Calais, se combine au caractère vibrant des paroles qu’il prononce pour saluer l’action du commandant Mengin et, au-delà, exalter le rôle salvateur des Alliés et de la Résistance.

 

Symbiose entre l’évêque et l’église

L’étroite association entre le personnage et le lieu est clairement perceptible. Mgr Evrard est de retour là où, lors d’une cérémonie fastueuse, s’était déroulée son ordination épiscopale avant qu’il ne quitte Calais. Démissionnaire en 1939 et maintenant sans diocèse, l’homme, qui fut pendant la Grande Guerre un vaillant brancardier et un aumônier dévoué auprès des Poilus, retrouve sa chère église totalement ravagée par un conflit qui a fait couler le sang comme jamais auparavant. On imagine quelles émotions agitent en ces instants son cœur.

Mais c’est bien un message de foi, en Dieu et en l’avenir, qu’il délivre aux Calaisiens. Il va falloir tout reconstruire, dans le pieux souvenir de ceux qui ont trouvé la mort dans la guerre. L’exécution de la Marseillaise en fin de cérémonie galvanise les esprits tout en rappelant le sacrifice des combattants de la Liberté. L’hymne britannique retentit également avant qu’un cortège ne se dirige vers le Virval pour aller déposer une gerbe à l’endroit où le commandant Mengin tombait un an plus tôt. La mère et la belle-sœur du héros sont présentes.

Cette messe du 30 septembre 1945 ouvre en quelque sorte une nouvelle page de l’histoire de Calais : les désastres de la guerre - qui s’est achevée seulement le 2 septembre précédent avec la capitulation du Japon – seront surmontés par une population emplie d’un nouvel élan assorti de la conscience de la dette immense envers les disparus. Reste que le sort des monuments qui faisaient l’identité de la ville, entre destruction pure et simple (à l’image du beffroi de la Place d’Armes) et reconstruction interminable (pensons précisément à Notre-Dame), s’avèrera passablement contrasté.

Magali Domain

 

Dans l'oeil de ….

Léon Walle, l'homme derrière l'appareil

Encore une belle trouvaille de l'association Calais Photos Nostalgie que celle du travail d'un photographe amateur originaire de Calais, resté jusqu'à ce jour inconnu au-delà de son cercle familial.

Ce photographe, c'est Léon Walle, présent ce 30 septembre 1945, dans les décombres de l'église Notre-Dame pour assister à la messe donné par Monseigneur Evrard.

Passionné de photographie depuis sa jeunesse, le calaisien Léon Walle avait aménagé chez lui avant la guerre une chambre noire où il développait, agrandissait, réalisait ses propres tirages, avec du materiel confectionné par ses soins.

Il participera à la reconstruction de Calais-Nord

Le jour du premier anniversaire de la mort du commandant Mengin, il immortalise l'évènement auquel il assiste en soignant son angle de prise de vue. Il saisit la foule des Calaisiens en plongée, conférant ainsi une vraie puissance à ses clichés.

Exerçant en tant que chef d'atelier, au service des Ponts et Chaussées Maritimes depuis 1934, Léon Walle, a 41 ans, se retrousse ensuite les manches pour contribuer à la reconstruction du port, de ses bassins et de ses ponts, suivant ainsi l'impulsion amorcée par Monseigneur Evrard. L'homme entretenait aussi une passion pour l'astrophysique, qu'il a transmise à son petit-fils, François de Oliveira Santos, docteur en physique nucléaire.

 



Monseigneur Evrard a marqué l'histoire de Calais-Nord

 

Il souhaitait que l'église Notre-Dame , qui a tant marqué son itinéraire personnel soit sa dernière demeure:originaire de Muncq-Nieurlet, l'écclésiastique y a en effet officié pendant quatre ans avant de partir pour Meaux en 1937.

La seconde Guerre mondiale est une période difficile pour lui : démissionnaire, il n'a pas de diocèse, et connaît des problèmes de santé.

Son retour à Calais en septembre 1945 est en quelque sorte une renaissance personnelle pour cet homme aimant entretenir un contact avec ses fidèles. Son souvenir plane toujours dans l'église Notre-Dame où sa dépouille a été inhumée en 2013.

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  • felicitations pour toutes vos expos qui sont toutes magifiques mes amitiés depuis le bas de la France pascal ps à quand une rue,une place ou un giratoire GEORGES ALLO à CALAIS ??? j'ai écrit au...

    par pascal cape
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