Les souvenirs d'une terrible méprise (bombardement du 27 février 1945)

2014

Article du 27 février 2014 Nord Littoral

 

Le 27 février 1945, les alliés se trompent de cible et bombardent le quartier de la place Crèvecoeur

Les souvenirs d'une terrible méprise

 

Le 27 février 1945, les Alliés commettent une terrible erreur de bombardement et plongent Calais dans une tragédie.

Les bombes tombent sur le secteur de la place Crèvecoeur et font des dizaines de victimes, dont de nombreux

enfants.

René Ruet, historien local, et membre de Calais photos nostalgie, s’est intéressé à ce tragique épisode de l’histoire calaisienne.

 

René Ruet a photographié plus de 600 documents pour ses recherches

 

 

 

 

 

 

« C'est une carte postale qui fut le facteur déclencheur pour m'investir dans toutes ces recherches

» explique René Ruet. Sur cette carte, on voit la Caisse d'Epargne de St-Pierre au 27 de la rue Volta, avant-guerre... et en bon historien qu’il est, cette adresse ne le laisse pas indifférent.

« J’ai fait le rapprochement avec toute une série de clichés du tragique évènement du 27 février 1945 » (voir c-dessus).

Dans ses archives, il retrouve ces photos, les visualise une par une, et retrouve le même bâtiment, rue Volta, après les bombardements. Devant ses yeux s’affichent un avant et un après-bombardement.

Il veut combler le vide entre les deux et consulte alors la série des six livres de Robert Chaussois, autre historien local qui a relaté cette période avec délicatesse et talent.

« A la fin de celui qui s'intitule Le dernier round, je trouve toute une liste de victimes de cette catastrophe épouvantable ». Très touché, il décide d’approfondir ses recherches aux archives de la mairie.

C’est un habitué de l'équipe de M. Gavignet « et je sais qu'avec eux, s'il y a quelque à trouver, je le trouverai ».

Et il n’est pas déçu. L'archiviste sort une boîte dans laquelle se trouve « une quantité incroyable de feuilles de renseignements des victimes civiles pendant le dernier conflit ».

Au total, 570 fiches. Il exhume aussi une trentaine de documents relatifs au bombardement du 27 février 1945. C’est sur le terrain que le mènent ensuite ses recherches. Il explique : « Je suis allé sur place avec une photo aérienne de 1921, pour essayer de déterminer les endroits exacts, tout au moins des maisons où il y a eu

des victimes ». Ses pas le mènent à la crèche, rue Chantilly. « La cour derrière cette crèche est l'endroit qui a été le plus meurtrier ». Au 27, rue Volta, il se souvient que tous les employés de la « Carte de

vêtements et chaussures » ont été soit tués (8 personnes) soit blessés (2 personnes). « Cet endroit

est maintenant un havre de paix pour les enfants ».

Il cherche ensuite à glaner quelques renseignements auprès des clients de la pharmacie de la rue du Four à Chaux. « Je rencontre dans cette officine des gens coopératifs et très gentils, ils m'orientent vers deux personnes.

Une dame âgée de plus de 90 ans qui se trouve actuellement dans une maison de retraite

et un monsieur qui est né en 1936 ».

 

     

  

 

Photo de 1921

« Des corps partout... »

 

Il appelle d’abord ce dernier, monsieur Vercucque, qui demeure au Fort-Nieulay. « Celui-ci m'explique qu'il était sur le point de traverser la place Crèvecoeur quand les avions ont largué leurs bombes. Il a lâché la main

de sa mère et a pris la fuite pour se diriger vers la rue du Four à Chaux. A l'angle de cette rue et de la rue de la Commune de Paris : une vision d'horreur le cloue sur place : des corps partout...

». Le Calaisien avouera à René Ruet qu’il est resté traumatisé très lontemps, d'autant plus que son cousin et sa cousine se trouvaient parmi les victimes (Clotilde et Serge Levray).

Sa deuxième visite est pour le second témoin de cette époque, la nonagénaire, qui vit en maison

de retraite. « Elle venait d'ouvrir un salon de coiffure rue du Four à Chaux. Quand le déluge

a commencé, ses clientes, certaines avec des bigoudis sur la tête, se sont enfuies dans une panique incroyable ! » Lors de cet entretien, René Ruet s’est aperçu que, des décennies plus tard, l’émotion est encore vive

chez cette rescapée du drame. « Cette dame a essayé de continuer à me raconter son histoire,

et d'un seul coup, plus rien!

Sans doute cette vision d'horreur lui était-elle revenue à l'esprit ! »

René Ruet continue sa quête d’informations et rencontre une dame de 93 ans qui travaillait rue d'Orléans chez un chapelier, quand le carnage a eu lieu. Une autre, Francine, avait à l'époque 14 ans, et venait de quitter

l'école Sainte-Agnès rue Thiers. Elle rentrait tranquillement avec une copine du même âge. Elles ont tourné rue du Four à Chaux, pour se quitter au coin de la rue Dampierre. « L’une a continué dans cette direction, vers la mort, et l'autre a tourné rue Gaillard pour se rendre chez elle au 39, elle a été projetée par

terre par le souffle de l'explosion ! Elle s’en est sortie avec quelques plaies au visage! En quelque sorte une miraculée » raconte René Ruet. Son amie n' aura pas la même chance, elle décèdera le lendemain à l'hôpital, elle s'appelait Viviane Lemaire et son père avait été tué dans le bombardement du 9 mai 1944...

 

 

 

Quelques moments forts

Des plaintes pour des funérailles difficiles

 

Le 28 février 1945 : des télégrammes affluent à la mairie, notamment celui du Général de Division Deligne, qui viendra s'incliner devant les cerceuils des victimes, le samedi 3 février, jour des obsèques.

 

1er mars 1945 : le Commissaire central de police, adresse à M. le Préfet une première liste de 55 noms des personnes tuées. En raison des difficultés d'identification de certains corps, une deuxième liste sera envoyée ultérieurement.

 

1er mars 1945 : M. Lesigne, Secrétaire général de la Mairie, demande à M. le Maire, d'accompagner

le personnel municipal : pour effectuer une visite sur les tombes des personnes décédées rue Volta, le dimanche

4 mars. Le secrétaire se propose de faire un discours.(Cette manifestation aura lieu le 11mars)

 

Communiqué Officiel du 5 mars 1945

Monsieur le Maire a reçu des plaintes au sujet de la fin de la cérémonie qui s'est déroulée au cimetière, le samedi 3 mars.

Une enquête personnelle lui a confirmé que ces plaintes sont parfaitement justifiées. L'inhumation

immédiate de toutes les victimes, n'a pu avoir lieu dans les conditions de recueillement et de solennité désirables en raison de:

1°) l'envahissement prématuré du cimetière par la foule.

2°) d'un défaut d'adaptation de certains services débordés par l'ampleur de la cérémonie.

 

7 mars 1945 : Le Commissaire central adresse une seconde liste à M. le Préfet de 33 noms de personnes décédées, celle-ci vient s'ajouter à la première.

 

7 mars 1945 : Ainsi qu'une liste de 25 noms de personnes encore hospitalisées.

 

7 mars 1945 : Un communiqué officiel du maire annonce qu’il a reçu du Colonel Riddel, commandant un régiment d'artillerie Britannique, une somme de 10300 Francs, recueillie à la suite d'une collecte effectuée parmi les officiers et soldat de ce régiment, après les funérailles des victimes civiles du dernier bombardement.

 

Le 8 mars 1945 : Monsieur Jacques Vendroux demande à Monsieur Deguines, responsable des Pompes Funèbres Générales, de lui envoyer de toute urgence la liste des noms des victimes et le détail des sommes réclamées aux familles de chacune d'elles. En insistant, afin que ce dossier lui soit remis dans les plus brefs délais.

 

Le 24 mars 1945: Monsieur le Maire de St-Omer, adresse un courrier à M. Vendroux officialisant leur appel du matin au téléphone. Le rassurant sur l'état de santé des personnes encore hospitalisées à l'hôpital

St-Louis. Huit personnes au total. Par contre, le cas de Clotilde Levray l'inquiète « elle présente encore un état local sérieux de la blessure au pied »

 

Le 7 décembre 1945 : M. Desfachelle adresse un courrier au commandant Redfern, commandant les « Civils Affairs » 74 boulevard Jacquard, le priant de bien vouloir examiner la possibilité d'organiser une manifestation dont le produit serait destiné à venir en aide aux familles des victimes.

(Extraits des documents relatifs au bombardement du 27 février1945 (source archives mairie)

 

 

Liste des victimes tuées à leur domicile

 

Rue du Four à Chaux

22 personnes tuées dont 6 chez elles :

 

Au 60 salon de « Coiffure André » Mme Queste Blanche 38ans veuve de Mr Thomas.

Au 60 Mle Lutic Micheline 22ans employée de Mme Thomas.

Au 49 Mme Becquet Blanche 50ans épouse Robin tuée dans son café.

Au 96 Mme Haussouliez Léa 30ans épouse Duquenoy, ainsi que son fils Gérard 4ans.

Au 41 Mr Pidou Fernand 48 ans négociant en vins.

Parmi ces 22 victimes il y avait:

Mme Caron Berthe 22ans, biscuitière, 21, rue du Four à Chaux. Sa tête à été retrouvée 15 jours après le bombardement dans le chéneau de la « Goutte de Lait » et son corps 2 semaines plus tard dans les gravats d'un mur du presbytère, à l'angle de la rue Chantilly et de la rue du Four à Chaux.

Mme Dervyn Raymonde 43ans demeurant 31 rue Francia épouse de André Hocquinghem vice-Président de «Libération Nord » et conseiller municipal socialiste.

 

Rue des Fleurs

24 personnes tuées dont 13 chez elles:

 

Au 97 (2 morts) Mr Vandenbergue Sadi 50ans.

Mme Barrois Catherine 77ans, veuve Henri Baey.

Au 99 Mme Boin Léonie 48ans, infirmière.

Au 103 Mme Ruffin Alyda 61ans, veuve Louis Lequien.

Au 74 Mme Evrard Eugénie 42ans, épouse Henri Godin.

Au 76 (4 morts) M. Toulon Léon 49ans.

Mme Toulon Christiane 29ans, épouse Edmire Duchateau, fille du précédent.

Chez ces derniers Mr Tillier Paul 47ans. M. Tillier Georges 18 ans, le fils de ce précédent, tous les deux plombier zingueur, ils demeuraient au 31 rue des Hauts-Champs à Coulogne

Au 78 (5 morts) Mme Darsy Lucienne 46ans

Mme Darsy Marie 53 ans

Mme Dupont Violette 29 ans.

Mme Goudercourt Yvonne 31ans, épouse Edouard Dupuis.

Dupuis Emile 18 mois, fils de la précédente.

Au 80 Mme Delhaye Joséphine 68ans, épouse Alfred Flagolet.

 

Rue Volta

Au 21 M. Vancutsem Eugène 48ans

Au 27 L'ancienne Caisse D' Epargne de St-Pierre transformée en « Service de la Carte de Vêtements et chaussures » pendant les hostilités: (8 morts et 2 blessées)

Mme Castre Louisa 64ans, veuve Emile Lauraux.

Mle Berteaux Régine 24ans.

Mle Blanquart Lucienne 40ans.

M. Clais Louis 36ans.

M. Coupin Nestor 60ans.

M. Maton Henri 50ans.

M. Sauvage Louis 52ans.

M. Walle Auguste 33ans (il décèdera le soir même à l'hôpital, il était déjà amputé de guerre en 1940)

Les 2 blessées Mle Berteaux Gisèle.

Mle Deboudt Louise.

 

Rue Dampierre

Un carnage à même la rue (10 morts) dont: Levray Serge 9ans qui se trouvait avec sa soeur Levray

Clotilde 14 ans grièvement blessée, elle décèdera à l'hôpital de St Omer le 20 avril 1945. Jusqu'à son dernier souffle ses parents lui ont caché la mort de son frère.

Mme Proot Renée 34 ans, épouse Théophile Martin a été tuée ainsi que sa fille Martin Thérèse elle n'avait que 2ans et 11 mois.

 

Rue de la Reconnaissance

Au 23 M. Deléglise Alfred 53ans.

Au 32 M. Masson Albert 38ans.

Au 32 Mme Masson , née Margueritte Monnel 38 ans épouse du précédent.

Au 32 Mme Trouille Suzanne 43 ans épouse Elie Amédro (elle décèdera le soir même à l'hôpital)

Au 40 Mr Bourdon Louis 78 ans.

Dans cette même rue, fût tué M. Daviot André. De chagrin, sa soeur, Mme veuve Demarle-Daviot 56 ans, demeurant 29 rue Neuve, se suicida au gaz dans les jours qui suivirent.

 

Rue Martyn

Au 143 Mle Lamarre Micheline 13 ans.

 

Rue Leavers

Au 76 Mle Joly Simone 8 ans.

Au 128 M. Roux Adrien 24 ans

Au 132 M. Henri Jean 56 ans.

Rue Hermant

Au 128 Mme Mauge Suzanne 36 ans épouse James Swift (Employée à Nord Littoral).

 

Rue Mortet

Au 30 M. Fauquet François 72 ans.

Au 28 Mme Hénon Marie 58 ans épouse Johann Graf.

 

Rue de la Commune de Paris

Au 76 Mme Fiquet Lucienne 35 ans épouse Paul Froye

Au 90 Mme Delpierre Jeanne 43 ans épouse Albert Morel, elle décèdera de ses blessures le 16.11.45

 

Rue Chantilly

Dans cette rue (8 morts) dont:

Au 78 Mme Focqueur Jeanne 19 ans épouse Marcel Joly (elle habitait au 12 rue Jules Martin).

Au 89 Mle Mille Jeannine 6 ans.

3 personnes fûrent déchiquetées, c'est par décision du Tribunal civil de Boulogne, que leurs décès ont été reconnus. Il s'agit de :

Mme Chatelain Antoinette 25ans épouse Porquet : décision du 19 octobre 1945.

Mle Detrait Jacqueline 18 ans: décision du 22 aout 1945.

Mme Guibon Marie-Louise 48 ans, épouse Dumont: décision du 5 octobre 1945.

Les réactions

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    Françoise Daviot

    Le 11/05/2014 à 20:18:26

    Merci pour ma famille je suis la petite fille d'André Daviot , mon père François Daviot de 1924 , a cette époque se réfugia dans la résistance, tous ses camarades furent fusillés et lui échappa grâce à un autre bombardement et se sauva avec un aviateur anglais qui lui quelques quarante ans plus tard fit des recherches pour retrouver mon père .
    hélas ! trop tard ! mon père décéda en 1973 trop jeune et trop tard pour retrouver cette homme .

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    François VERSCHAFFEL

    Le 27/02/2016 à 16:44:52

    Madame, Monsieur,
    je me dois en mémoire de ma grand-mére Marie Eugénie Louise DAUVERGNE épouse MERLANT décédée le 27 février 1945, à Calais, reconnue "Morte pour la France", vous informer que ma grand - mère perdit la vie lors du bombardement de Calais, rue du Four à Chaux, Marie Dauvergne était accompagnée de deux dames membres de sa famille, Guibon, je ne me souviens pas pour le moment des prénoms, il ce pourrai que nous puissions retrouver les deux prénoms dans la liste que Monsieur Chochois avait dressé dans ses livres voir probablement sur le Nord Littoral, Voix du Nord où auprès des archives de la ville de Calais où peut_être des Amis du vieux Calais.
    Je vous remercie par avance de pouvoir apporter cette modification.
    Je savais par mes parents que ce jour la était un jour de marché. Que certains corps des défunts étaient disloqués 5bras jambes accroché aux lignes électriques. De même j'ai su que certaines tête ont été retrouvées dans les goutières.
    Je suis dans le cadre de la création d mes archives à la recherche de toutes documentations et photos de ce tragique jours. Pourriez vous m'informer où puis je en trouver.
    Par avance merci
    François VERSCHAFFEL

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    Alain DUBUIS/HAUSSOULLIEZ

    Le 28/02/2016 à 08:04:24

    Je tiens a vous signaler que vous avez fait une erreur dans le nom de lea HAUSSOULLIEZ et de son fils gérard dans le bombardement de février 1945 le nom est HAUSSOULLIEZ EPOUSE DUQUENOY merçi de rectifier

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